Depeche Mode – Black Celebration

Black Celebration … Les deux mots ont ici leur importance pour parler de l’album le plus sombre et intense du groupe, mais aussi de celui qui semble dépasser le simple cadre de la musique pour viser quelque chose de l’ordre du rituel, voire du religieux. Black Celebration marque un premier point d’orgue dans la carrière discographique de Depeche Mode. Cet album, sortit en 1986, résume à lui seul les premières années du groupe tout en ouvrant de nouvelles voies, avec une qualité d’écriture jusqu’alors insoupçonnée.  Les chansons gagnent en effet en complexité et ampleur. Le son est également plus sophistiqué, la voix de Dave Gahan, plus grave qu’auparavant, est désormais bien affirmée, les textes ont oublié les thématique politiques naïves pour se pencher sur des sujets plus intimes, souvent ambigus et toujours à double sens. « Je suis autant influencé par Camus, Kafka ou Brecht que par la pop, confiait Martin Gore à Best au moment de la sortie du disque. Dans Black Celebration, ce qui est célébré, en fait, est bien la fin d’un « autre jour gris. » Une musique d’humeur ? Oui, car la diversité et la justesse des climats sont impressionnantes d’un bout à l’autre du disque. Les samples pourtant très bruts s’intègrent parfaitement à l’ensemble, témoignant d’un magistral travail de production et d’arrangement. Certains morceaux consacre définitivement Martin Gore comme l’un des plus grands songwriters de sa génération. La qualité de son inspiration permet de développer une palette musicale d’une grande richesse, tantôt dramatique, puissante, romantique, ironique, lumineuse, intimiste, sensuelle . Pour la première fois dans un album de Depeche Mode, les séquences robotiques de synthétiseurs font place à la mélodie pure et à l’émotion.
Alors qu’il consacre l’émancipation artistique de Martin Gore, cet album marque aussi la fin d’une équipe, avec Gareth Jones et Daniel Miller à la production. À partir de l’album suivant “Music for the Masses”, Alan Wilder prendra plus d’importance dans la préparation et l’enregistrement des disques. Exit alors les sonorités industrielles chères à Daniel Miller, qui trouvent dans Black Celebration une utilisation avant tout climatique. Disque d’atmosphères et d’états d’âme plus encore que de chansons, cet album finalement assez sombre est aussi une expression sensible – comme nombre de grandes œuvres pop – du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Plus cohérents, et encore plus sophistiqués, les albums suivants de Depeche Mode n’auront peut-être pas la spontanéité, la sincérité, le jaillissement créatif de Black Celebration.

Du velours dans les oreilles

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