Prince – Princier

1985. An 1 après Purple Rain. sa seigneurie a raflé la mise avec son album et son film, bref, il est sur le toit du monde pop. Et voilà que déboule sans crier gare, contre toute logique commerciale, le nouvel album Princier, sans pub, sans single Car Prince, en maître du contre-pied, envoie un disque à des années lumières de Purple Rain. En effet, on a affaire à un genre de Sgt Pepper funk pop, un album psychédélique en plein dans les 80’s. Soit un disque onirique, coloré, fleuri, spirituel -baba mystique- par bien des aspects, avec une production résolument contemporaine.

L’album s’ouvre sur des flûtes, un tabla, des tambourins, des clochettes, un sitar. “Around the world in a day” est une invitation au voyage dans un trip indien hare krishna flower power. Prince nous le dit dès l’ouverture : “Open your heart, open your mind…”. Voilà bien la devise qu’il va falloir suivre pour cet album ! Wendy et Lisa sont omniprésentes aux chœurs. Elles le seront sur tout le disque, et leur apport est essentiel dans cet album.

On enchaîne avec “Paisley Park”. Bandes bidouillées en intro, clochettes, synthé flûte sur fond de Linn Drum martiale et de guitares en état d’ébriété : le voyage continue dans ce pays imaginaire

“Condition of the heart” est un morceau qui démarre en apesanteur. Une longue intro de deux minutes sans réelle structure mais d’une réelle beauté, à base d’impro de piano entremêlé de synthés et de percussions. Rarement Prince n’avait sonné aussi éthéré. Puis le thème s’installe, les éléments se mettent en place, et Prince nous livre une ballade splendide, lorgnant du coté du jazz, de la soul, du blues.

Arrive alors “Raspberry Beret”, vrai titre pop, évident, efficace, imparable. façon Beatles dans l’âme, avec sa mélodie entraînante, ses ajouts de violons, son refrain 24 carats. Un titre qui fout le sourire dès qu’on l’entend, pas possible autrement.

Et voilà que “Tamborine” déboule pour clore cette première face. Que dire sinon que c’est un morceau idéal pour découvrir tout le coté barré de Prince, ce morceau est un ovni total.

La deuxième face débute avec “America” et par le bruit d’une bande qui s’enraye. Garanti bon flip pour qui a découvert l’album sur cassette (et en 1985, il était un paquet dans ce cas…). Bon, mis à part ce détail, il s’agit du morceau le plus funky de l’album. Un beat métronomique sur lequel Prince lance un jam dont il a le secret, avec un texte plutôt engagé. Mais malheur, c’est coïtus interruptus au bout de 3’40, là ou ça devrait commencer à partir dans tous les sens.

“Pop Life” porte bien son nom. Une vraie chanson pop. La plus Beatles du disque avec son effet “voix Lennon” et sa batterie mixée toute bizarrement. Un vrai festival.

On retourne à la ballade avec “The Ladder”, qui semble reprendre là ou “Purple Rain” se terminait. Mais la dose de spiritualité est bien plus grande, et le titre lorgne du coté de la soul et du gospel. La aussi, gros boulot d’arrangement, toujours dans l’esprit pop psyché.

L’album se termine avec un Everest de sa discographie, un truc totalement improbable nommé “Temptation”. Du hard blues bebop? Du heavy funk gospel? On ne saurait dire. 8 minutes de délire ou Prince éructe sa condition d’obsédé sexuel sur fond de guitare saturée et de saxo en roue libre. Il y va tellement fort que Dieu lui-même intervient et le sermonne pendant que le saxo part en vrille. Au final, Prince se reprend et conclue par un “Love is more important than sex”.

S’il fallait un gage de l’indépendance artistique de Prince, cet album en serait le parfait exemple. Le mec est en constant mouvement, et le jeu va consister, pendant quelques années, à savoir quelle sera sa prochaine direction… qui ne sera jamais celle escomptée, bien entendu. Mais c’est ça qui est bon.

A noter que la pochette reprend, de manière imagée et colorée, un bon nombre des personnages et thèmes issus des chansons de l’album, idée qui sera déclinée sur les singles. La première fois que le visuel est aussi soigné et cohérent avec le disque.

Vous l’aurez compris, Around The World In A Day est un indispensable de la discographie princière, non seulement pour ce qu’il propose musicalement, mais aussi parce qu’il est la preuve que ce petit bonhomme n’a pas l’intention de se laisser enfermer dans une cage, aussi dorée soit-elle. Accessoirement, c’est un choix judicieux pour faire découvrir l’artiste aux fans de pop façon Beatles.

Du velours dans les oreilles

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