Revolver !

John Lennon disait : «Rubber Soul est l’album de l’herbe, Revolver est celui de l’acide ». Témoignages de l’évolution de leur consommation de drogues, ces disques affirmaient surtout un stupéfiant crescendo : les Beatles et la pop basculaient dans l’âge adulte et le monde de l’art.
Rubber Soul, sorti en décembre 1965, avait étonné par sa diversité et ses expériences orchestrales. Publié en août 1966, Revolver accélérait radicalement ce processus, en embarquant l’auditeur dans un tournoiement psychédélique.
Le dernier morceau du disque, Tomorrow Never Knows donne le ton de l’aventure. Premier titre enregistré, à partir d’avril 1966, dans les studios d’EMI, il fait figure de conclusion hallucinée de l’album. Sur un texte de John Lennon inspiré d’un livre coécrit par le gourou du LSD, Timothy Leary, le groupe se livre à une orgie d’innovations sonores. Le producteur George Martin, en traducteur de fantasmes, a déployé boucles de bandes magnétiques et effets de production. La voix de Lennon se transforme, disait-il, en un « dalaï-lama chantant du plus haut sommet du monde ». Le rire de McCartney se mue en cris de mouettes, les guitares sont inversées et torturées
Si d’autres morceaux ont poussé avec des psychotropes en guise de fertilisants, Revolver resplendit aussi d’une efficacité préservée et d’une inspiration mélodique au sommet. Paul McCartney se surpasse, en particulier, en terme de délicatesse harmonique et de refrains brise-cœur.
Cet album montre le talent d’arrangeur de George Martin, mais également le résultat des initiatives d’un jeune ingénieur du son, Geoff Eymerick. En rapprochant les micros des violons, mais aussi en rendant plus percutants la basse de Paul, la batterie de Ringo ou la guitare de George, le garçon participait de manière décisive au tranchant caractéristique de Revolver. Un mélange d’imagination libérée et de classe électrique, parfaitement incarné dans cet album mythique, préparez vous à voir des sous marins jaunes en guise d’éléphant rose.

Du velours dans les oreilles

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