Steely Dan

Plus qu’un groupe, Steely Dan représentait avant tout un son. Flirtant allègrement avec la perfection, il avait toujours été élaboré avec un soin maniaque, par une entité bicéphale machiavélique et malicieuse. En s’entourant des meilleurs musiciens, Walter Becker et Donald Fagen produisaient des disques d’une sophistication extrême et décadente, véritable incarnation du son de Los Angeles ultime, dont la distinction et le raffinement unique dissimulaient l’ironie sous-jacente à son élaboration. Leur haine du monde enjolivé de Malibu, ils la métamorphosaient en critique acerbe de l’aliénation urbaine, paradoxalement véhiculée par des chansons ensoleillées. En fait un disque comme « Pretzel Logic » agissait comme un piège. Sous des rondeurs sensuelles héritées du funk et du jazz sommeillait une entreprise visant à saper les fondations de l’élite contrôlant le rock. En effet, à l’opposé des groupes se réfugiant dans le passé et la nostalgie d’une Amérique fantasmée, Steely Dan n’abusait de la sophistication que pour mieux bousculer l’embourgeoisement de ses compatriotes.

Du velours dans les oreilles

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