Tons of Sobs de FREE

Je vous propose d’écouter le groupe FREE et leur premier album « Tons of Sobs »
Des gamins. Des fichus gamins qui surgissent de nulle part. A l’origine, FREE n’est rien d’autre que ça : des petits morveux sûrs de leur force, pétris de talent et pleins d’arrogance qui déboulent dans le Londres de la fin des années 60. Mais ce Londres-là est à part. Ce n’est pas celui des mods(1) – déjà ringards – ni des esthètes de la pop baroque. C’est celui du British blues, né de la fascination d’une génération de jeunes Anglais pour MUDDY WATERS et le blues électrifié de Chicago. Ici, pas de comptines pop, de chœurs précieux ni de clavecins. FREE pénètre avec aplomb dans un monde élitiste, puriste et ultra-codifié dont les tables de la loi ont été écrites dès 1966 par le duo Mayall et Clapton. Sous le patronage d’Alexis Korner, gourou de la scène locale et leader de BLUES INCORPORATED, le groupe brûle les étapes. Formé en avril 1968, il se rode en concert et enregistre ce premier disque vinyle « Tons of Sobs » dans la foulée
Le son est rude, la production est sèche et agressive. La voix écorchée de Paul Rodgers – déjà sidérant de feeling – surnage au-dessus de compositions sombres et brûlantes portées par la guitare râpeuse du merveilleux Paul Kossoff, immense artiste, étoile filante au destin pathétique qui s’aventure ici aux lisières du hard rock. On sent ainsi poindre ce qui sera plus tard la marque de fabrique de FREE, ce rock lent, rampant et envoûtant, gorgé d’émotions, qui en fera l’un des plus grands groupes du monde.
Techniquement, il n’y a rien à dire. Chaque membre du groupe fait preuve d’une maturité sans faille. Est-ce si étonnant quand on sait que le plus jeune de la bande, le bassiste Andy Fraser, âgé de seize ans lors de l’enregistrement, a déjà joué aux côtés de JOHN MAYALL

Par la suite, le groupe FREE saura faire preuve de plus de concision. Mais au-delà de ses petits défauts, l’album « Tons of Sobs », demeure un moment singulier dans la carrière d’un groupe qui n’a pas encore trouvé sa pleine identité sonore. C’est aussi le témoignage d’un état d’esprit qui, à l’époque, est déjà presque rétrograde si l’on considère que le British blues est quasiment mort en 68, moment où sort le disque. Clapton, dieu vivant du genre, est déjà passé depuis longtemps à autre chose avec le rock psychédélique de CREAM. De même, LED ZEPPELIN, sur son premier album – paru au même moment – n’utilise le blues que comme une rampe de lancement vers une musique plus complexe et plus riche. Sans démériter, FREE ne regarde alors pas encore tout à fait vers l’avenir. En soi, bien sûr, cela n’a rien de déshonorant. Mais le talent et la créativité de ces gamins précoces ne pouvaient que les inciter à entrer dans l’histoire avec leur propre style. Ce qu’ils ont fait ensuite, à grands coups de chefs d’œuvre.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mod_(sous-culture)

Du velours dans les oreilles

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